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Axe 2. Animaux dans les élevages

Piloté par Nicolas Treich

L’amélioration du niveau de vie à l’échelle mondiale a conduit à une forte augmentation du nombre d’animaux élevés pour la consommation humaine. Au niveau mondial, le nombre d’animaux terrestres tués pour l’alimentation humaine est passé de moins de 10 milliards à plus de 70 milliards en l’espace de six décennies (1961-2020). Cette augmentation, sans précédent dans l’histoire de l’humanité, s’est principalement faite par une intensification des systèmes de production, essentiellement autour des poulets (71 milliards en 2020) et les cochons (1,5 milliards en 2020).

Introduction

Cette augmentation du nombre d’animaux élevés pour la consommation humaine pose aujourd’hui de nombreux défis pour le système alimentaire. L’élevage constitue en effet une des plus importantes sources d’émissions de gaz à effet de serre au niveau mondial (20 % selon Xu et al. (2020)1) et contribue activement à la déforestation (Erb et al., 2016)2 et au développement des zoonoses (Espinosa et al., 2020). D’un point de vue sanitaire, la consommation de produits carnés contribue également à l’augmentation des maladies non-transmissibles (cancers, maladies cardio-vasculaires, diabète) (Clark et al., 2019)3. Des projections récentes estiment qu’environ 18 millions de décès pourraient être évités en 2030 dans le monde grâce à l’adoption de régimes à base de plantes, ce qui permettrait d’économiser 1,2 à 1,3 milliards de dollars en coûts liés aux soins de santé (Springmann, 2020)4.

Enfin, l’intensification de l’élevage s’est également accompagnée d’une détérioration de la qualité de vie des animaux dans les élevages. La sélection génétique favorisant une croissance rapide, la forte densité, la promiscuité continue, l’absence d’accès au plein air, les mutilations (caudectomie, débecquage, etc.) constituent aujourd’hui des pratiques courantes dans les élevages intensifs qui ne respectent pas les critères de bien-être animal reconnus par l’Organisation Internationale de la Santé Animale (besoins fondamentaux d’exprimer les comportements naturels, droit à ne pas souffrir, etc.).

Demande sociétale

On observe aujourd’hui dans notre société une forte volonté d’améliorer le bien-être des animaux dans les élevages. Au niveau national, on observe une forte demande pour interdire les pratiques les plus dommageables pour les animaux. Ainsi, 91% des Français souhaitent rendre obligatoire la présence d’un accès à l’extérieur dans les élevages, 90 % souhaitent rendre obligatoire l’étourdissement des animaux de boucherie avant leur abattage, et 85 % souhaitent l’interdiction du transport d’animaux vivants. On observe également un fort rejet de l’élevage intensif, avec 85 % des Français souhaitant son interdiction.

Cette volonté d’améliorer le bien-être des animaux est également présente au niveau européen. En effet, dans l’Union européenne, plus de 86 % des citoyens de chaque État membre considèrent qu’il est important de protéger le bien-être des animaux d’élevage. En 2021, une pétition au niveau européen visant à interdire l’élevage en cage dans l’UE a recueilli plus de 1,4 million de signatures dans 28 États membres. La Commission a répondu favorablement à cette requête et a annoncé interdire progressivement l’élevage en cage dans l’UE dans la décennie à venir.

Problématiques de recherche

En ce qui concerne les animaux d’élevage, l’ORCA se fixe trois principaux objectifs.

Le premier objectif est avant tout scientifique et consiste à contribuer au développement de cadres d’évaluation du bien-être animal. Si l’Organisation Mondiale de la Santé Animale se focalise principalement sur le modèle historique de bien-être animal, c’est-à-dire les Five Freedoms, de nouveaux modèles ont depuis lors été proposés dans la littérature en sciences animales. L’Union Européenne a développé le modèle du Welfare Quality, largement inspiré des Five Freedoms, et de récents travaux ont souhaité prendre davantage en compte le bien-être émotionnel des animaux au travers notamment du modèle des Five Dimensions. Le premier objectif du réseau consiste ainsi tout d’abord à effectuer une veille commune de ces développements et d’y contribuer en rendant opérationnalisables ces principes (de l’éthologie à l’économie par exemple). Ceci peut passer par exemple par la définition de mesure QALY (Quality-Adjusted Life Years) appliquée aux animaux à partir des critères de bien-être établis en sciences animales.

Le deuxième objectif consiste à documenter la condition des animaux dans les élevages en France (i.e., la vocation d’Observatoire de l’ORCA) ainsi que leurs évolutions. Les données concernant la condition des animaux sont aujourd’hui très difficiles d’accès, parcellaires, et cachent une forte hétérogénéité des modes d’élevage. Il s’agit par exemple du nombre d’animaux tués tous les ans, la distribution de ces animaux dans plusieurs types d’élevage, la prévalence de l’accès en plein air, etc. À travers leurs travaux de recherche, les membres de l’ORCA développent une expertise sur ces sujets que nous souhaitons partager et rendre facilement accessible. Ces données permettront de faciliter les travaux scientifiques de ses membres en partageant des informations aujourd’hui cloisonnées et contribueront également au développement de politiques publiques par une meilleure information des associations et représentants politiques.

Voici un exemple de visualisation de données que nous souhaiterions systématiser au niveau de l’ORCA :

Le troisième objectif vise à discuter des pistes d’amélioration du bien-être animal dans les systèmes d’élevage. Les politiques publiques visant à améliorer la condition des animaux dans les élevages sont en effet sujettes à plusieurs contraintes (la demande sociétale très forte, l’acceptabilité limitée de la part de la filière, les considérations économiques sur l’emploi et la compétitivité). L’objectif est ici d’analyser les pistes d’amélioration du bien-être animal eu égard à ces contraintes et de mettre en perspective l’impact de ces politiques avec leur faisabilité. Plusieurs membres de l’ORCA sont régulièrement sollicités par les pouvoirs publics sur ces questions et le développement d’une expertise commune permettrait de mieux répondre à cette demande.

1 Xu, X., Sharma, P., Shu, S., Lin, T. S., Ciais, P., Tubiello, F. N., … & Jain, A. K. (2021). Global greenhouse gas emissions from animal-based foods are twice those of plant-based foods. Nature Food, 2(9), 724-732

 2 Erb, K. H., Lauk, C., Kastner, T., Mayer, A., Theurl, M. C., & Haberl, H. (2016). Exploring the biophysical option space for feeding the world without deforestation. Nature communications, 7(1), 1-9.

 3 Clark, M. A., Springmann, M., Hill, J., & Tilman, D. (2019). Multiple health and environmental impacts of foods. Proceedings of the National Academy of Sciences, 116(46), 23357-23362.

 4 Springmann, M. (2020). Valuation of the health and climate-change benefits of healthy diets, FAO Working Paper

Travaux des membres de l’ORCA sur cette thématique

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